Compte-rendu "Les Kurdes et l’avenir du Moyen-Orient : Iran, Irak, Turquie, Syrie", 15 février 2012
En introduction, et avant de présenter l’objet de cette conférence « Les kurdes et l’avenir du Moyen-Orient : Irak, Iran, Turquie, Syrie » organisée le mercredi 15 février 2012 à l’INALCO, Hugo Massa de l’équipe Sciences Po Monde Arabe remercie nos intervenants mais également Allan Kaval qui fut à l’origine du projet ; la chaîne Kurde1 présente dans la salle ; et notre partenaire – l’association franco-iranienne Persépolitique Sciences Po. Un grand merci également à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (INALCO) pour son accueil, sa disponibilité et pour avoir mis à notre disposition un superbe auditorium (remerciement spécial au technicien).
Cette conférence s’inscrit dans un cycle de conférences très particulier au sein des activités de l’association Sciences Po Monde Arabe. Un cycle ayant pour objectif de souligner la diversité de l’espace géographique dit de façon simpliste « monde arabe » et qui est né en 2010 avec une première conférence sur les Chrétiens du Moyen-Orient, puis une seconde sur les Berbères en 2011 et une troisième en 2012 sur les Kurdes.
Avec l’aimable participation de:
- Hamit Bozarslan, historien et politologue (EHESS), auteur de La Question Kurde (1993) et Le Conflit kurde : le brasier oublié du Moyen Orient (2009)
- Seve Aydin, Avocate kurde syrienne, Secrétaire Générale de la Déclaration de Damas-France
-Chris Kutschera, journaliste et écrivain, auteur de Le Mouvement National Kurde, (Paris, Flammarion 1979), Le Défi kurde, ou le rêve fou de l’indépendance (Paris, Bayard, 1997).
I. Intervention d’Hamit Bozarslan
Rappels sur la « question kurde »
Hamit Bozarslan prend la parole. Il débute son intervention en rappelant – en écho à l’introduction – que l’on peut effectivement parler d’une « minorité kurde » au sens sociologique du terme. Le XXe siècle est marqué par des révoltes kurdes et affrontements armés. Dès les années 1920, on parle d’une minorisation des kurdes constatant une situation juridiquement asymétrique entre kurdes et groupe dominant.
Entre 1920 et 1930 des contestations émergent, et c’est à partir de 1979 que l’espace kurde devient le théâtre de contestations armées et répression : armes chimiques utilisées par Saddam Hussein contre les kurdes en Irak ; contestation matée dans le sang en 1978 en Iran ; 1991, c’est la guerre du Golfe puis la première étape d’autonomisation et en 2003 se forme une région fédérée kurde en Irak, très largement indépendante même si juridiquement dépendante de l’Irak (mais ils ont leur propre police etc). L’armée kurde (Peshergas) et la police kurde contrôlent la région du Kurdistan d’Irak, on parle alors de « quasi-Etat ».
En Syrie les kurdes ont été longtemps victimes de politiques d’assimilation, de discrimination et de massacres. En 2003, le mouvement kurde se réactive et s’oppose au régime baasiste pour la première fois. En 2004, les émeutes sont réprimées dans le sang.
En Turquie, le PKK – parti des travailleurs du Kurdistan- parti illégal mène une lutte armée et une initiative légale et civile se créée : c’est le BDP – parti pour la paix et la démocratie-. Mais la contestation kurde se réfère au PKK.
En Iran la contestation armée du PJAK – parti pour une vie libre au Kurdistan- émerge et un mouvement civil voit le jour; scènes d’émeutes en 2004 à Mahabad.
Pour Hamit Bozarslan, 2003 symbolise le statu quo régional entre l’Iran, la Syrie, l’Irak et la Turquie, une alliance de fait « explicitement ou implicitement anti-kurde ».
La situation du Moyen-Orient depuis 2011
La Turquie, après avoir longtemps hésité, a fini par lâcher le régime Al-Assad. Jusque-là, la Turquie voulait intensifier les liens avec le monde arabe mais dès mai 2011 les relations avec Al-Assad ne pouvaient plus continuer ainsi dans la mesure où la Turquie a effectivement signé la Charte des droits de l’Homme. Notons aussi que la Turquie a rencontré des problèmes extérieurs avec Israël et du fait de cette crise ouverte la Turquie se devait de se rapprocher de Washington. Il faut également souligner sa rupture graduelle avec l’Iran mécontente (installation de boucliers anti-missiles de l’OTAN en Turquie).
L’alliance des années 2000 ne pouvait pas tenir du fait de cette situation tendue, de crise ouverte et sur la brèche.
L’espace irakien est aujourd’hui pétrifié et rien n’avance sur les dossiers litigieux avec Baghdad.
En Iran, Téhéran a essayé de négocier une trêve avec le PJAK même si la politique répressive continue (pendaison de militants kurdes).
En Syrie, l’espace kurde semble sur la brèche également. Les kurdes participent aux manifestations mais cependant le pouvoir ne peut se permettre d’étendre sa politique répressive à l’espace kurde pour entretenir l’hypothèse d’une « alliance des minorités syriennes et leur appui au régime ».
En Turquie, la situation également très tendue, la Turquie connaît un virage autoritaire en 2009-2010, des milliers d’intellectuels kurdes et de dissidents sont arrêtés mais le gouvernement ne peut écarter une nécessaire politique d’apaisement.
Complexité de la question kurde
Il souligne un dernier élément qui est la complexité de l’espace kurde : comment analyser l’évolution de l’espace kurde par rapport à cette situation ? C’est un espace à la fois organiquement unifié, avec un drapeau, hymne national, nationalisme kurde, une doctrine et des récits historiques communs. Ces symboles sont répandus au sein des élites et de plus en plus au sein des populations. Mais d’autre part, c’est un espace pluriel, divisé et très complexe. Les cultures politiques et trajectoires de ces quatre Etats sont très distinctes, et tout en étant unifiés symboliquement on assiste à une fragmentation de cet espace kurde. Aujourd’hui, des conflits graves existent au sein du monde kurde.
Il y a une pluralité d’acteurs sans qu’il n’y ait d’unicité dans la prise de décision (plusieurs partis kurdes par pays). Aucun acteur ne peut ignorer l’autre, il s’agit d’une forme d’assemblée virtuelle qui ne se réunit jamais mais qui fonctionne car les kurdes doivent être à l’écoute les uns des autres en dépit de l’absence d’instance régulatrice et le Kurdistan d’Irak « sert de centre » selon Hamit Bozarslan.
II. Intervention de Chris Kutschera
Il y a quarante ans, « la question kurde était confidentielle ». Des Ministères des affaires étrangères refusaient parfois de rencontrer des représentants kurdes. Aujourd’hui, c’est une question importante, d’autant que tous les pays où ils vivent sont en grave crise. Les kurdes y sont pour la plupart des « spectateurs intéressés » poursuit Chris Kutschera.
En Irak se déroule le départ des troupes américaines et le conflit entre Sunnites et Chiites a repris ; une partie de l’électorat sunnite boycotte le Parlement. Dans ce contexte, les kurdes agissent en spectateurs et en médiateurs et ils pourront peut-être profiter de cette crise si l’Irak tend à l’explosion pour proclamer leur indépendance.
De manière générale, l’autre crise est celle constituée depuis 1971 d’affrontements et guerres sans cesse entre Kurdes et Arabes irakiens. Cette crise entre le Kurdistan irakien et Baghdad se déroule sur quatre niveaux :
- Le premier est l’avenir des territoires discutés. En mars 1970 lors de l’accord de l’autonomie du Kurdistan irakien entre Saddam Hussein et le Générale Barzani (leader kurde, président du Gouvernement autonome kurde en Irak et chef du Parti Démocratique du Kurdistan depuis 1979) le problème des frontières se posait. C’était la première fois qu’un gouvernement reconnaissait l’autonomie du peuple kurde. La constitution (article 104) prévoit plusieurs étapes : la normalisation de la situation (que les Arabes installés au Kurdistan repartent chez eux et que Kurdes retrouvent leur terrain), puis un recensement, et enfin un référendum. Fin 2007, la question devait être résolue mais ça n’est toujours pas le cas, cinq ans après.
- La question du budget : une revendication des kurdes était qu’un pourcentage du budget irakien revienne au Kurdistan. Le gouvernement de Bagdad ne leur accorde que 17%, ce qui représente plus d’un milliard de dollars. Cependant, ils en déduisent les dépenses souveraines (fonctionnement du ministère des affaires étrangères, de la Défense, du Gouvernement) et trainent à verser ces fonds.
- Le troisième sujet d’affrontement est le financement des Peshmergas, considérés comme des gardes du Kurdistan (dizaines de milliers) : ils défendent les frontières du Kurdistan. Les Kurdes veulent que Bagdad les rémunère. Cependant, Bagdad essaye de réduire les sommes accordées en discutant le nombre trop important de combattants. Cette question demeure non résolue.
- Le pétrole pose aussi problème : Kirkouk et la région autonome sont pleines de ressources pétrolières. Plusieurs dizaines de compagnies pétrolières internationales ont découvert des gisements de pétrole et de gaz très importants. L’extraction est de 200 000 barils/jour et peut monter à un million de barils par jour. Tout indique que le Kurdistan peut devenir un « Emirat pétrolier ». Kirkouk a produit pendant des décennies l’essentiel du pétrole irakien. Pourquoi continuer de revendiquer Kirkouk ? Cela vaut-il la peine de faire la guerre pour Kirkouk alors que la région autonome a assez de pétrole pour pouvoir bâtir un Etat riche et puissant ? Notons que la question de Kirkouk intéresse les Kurdes également pour des raisons historiques, c’est une sorte de « Jérusalem des kurdes ».
De plus, pendant des années, les Arabes actuellement au pouvoir à Bagdad ont fait partie de l’opposition irakienne et se sont régulièrement retrouvés avec les partis kurdes et ont accepté les revendications kurdes (fédéralisme, limites du territoire kurde). Mais les kurdes disent que lorsque ces partis sont dans l’opposition ils acceptent leurs revendications et reconnaissent leurs droits mais pourquoi une fois arrivés au pouvoir, ces mêmes partis refusent-ils d’appliquer les règlements de la question des territoires revendiqués ?
Enfin, les relations entre les kurdes eux-mêmes posent problème. C’est une histoire de tragédies, d’échecs, et les kurdes ont toujours mal supporté l’autorité extérieure et au sein même de la communauté existent de nombreuses dissidences. Entre 1994 et 1998, la Guerre du suicide entre les deux partis kurdes a divisé le Kurdistan irakien en deux cantons et a fait milliers de morts et dizaines de milliers de déplacés. C’est la mission américaine en 1998 qui y met fin. Aujourd’hui, cette situation est pacifiée, mais il existe une crise au sein de l’UPK (Union Patriotique du Kurdistan), La dissidence de l’UPK a notamment crée le nouveau parti Goran et l’on peut craindre qu’il provoque des affrontements. Le Goran évoque les inégalités dans répartition de la manne financière et la corruption qui sévit depuis le début des années 1990. Aujourd’hui, les sommes en jeu sont considérables.
En Syrie, les Kurdes sont placés devant un dilemme, celui de parier sur un cheval perdant-Bachar Al-Assad- ou celui de rallier une opposition loin d’accepter les revendications kurdes. La tragédie des dictatures est à souligner : les kurdes de Syrie font preuve d’un manque d’éducation politique consternant d’après Chris Kutschera (ils parlent d’autonomie dans le cadre de la Syrie arabe > antinomique).
En Iran, la crise nucléaire projette le pays au-devant de la scène et par la même occasion les kurdes iraniens. Certains se demandent si, comme en Irak, les kurdes ne seront pas sollicités par les Etats-Unis et Israël pour lutter contre la République Islamique. Mais les partis kurdes iraniens sont en déliquescence. Il existe trois partis dont le Komala divisé en 7, et le PDK-I (parti démocratique du Kurdistan iranien) divisé en 2 et dont les dirigeants se sont affrontés à l’arme blanche. En Iran, ils représentent vraiment une minorité -8% de la population- tandis qu’en Turquie 20 millions. Les kurdes iraniens cherchent des alliés dans l’opposition démocratique iranienne, faible.
III. Intervention de Seve Aydin Izouli
Les Kurdes sous la dictature syrienne : lois discriminatoires
On se pose beaucoup de questions sur le rôle des kurdes dans la révolution syrienne. En 2004, le 12 mars, la Syrie est marquée par le soulèvement kurde. Cette révolte est réprimée dans le sang, et tout le monde pensait que la région kurde allait également se révolter en 2011. Ça n’a pas été le cas. Sont-ils alliés du régime de Damas, craignent-ils les Arabes ?
L’espace kurde syrien est pluriel car les kurdes ont deux facettes :
- l’une est leur appartenance aux Kurdes
- l’autre est leur appartenance aux Syriens, consentie très tardivement.
La Syrie, dictature absolue depuis 48 ans, a connu des lois d’état d’urgence en permanence. Les lois d’urgence bafouent les droits les plus fondamentaux. Il n’y a actuellement que trois journaux tolérés, et deux chaînes de télévision, toutes deux contrôlées par l’Etat. L’Etat syrien croit encore naïvement pouvoir contrôler toutes les libertés (d’expression, de la presse) alors que les nouveaux moyens technologiques permettent un accès à l’information. L’article 11 de l’Etat d’urgence stipule qu’une garde à vue ne peut durer plus de six mois si le crime n’est pas mentionné dans la loi d’urgence. « Un avocat arrêté a par exemple écopé de 7 ans de garde à vue » rappelle Seve Aydin. Elle insiste : « les droits sont bafoués pour tout le monde, arabes, kurdes, et autres ». Il existait donc un arsenal de lois discriminatoires à l’encontre des kurdes même si tout le monde souffrait de la dictature.
Elle donne l’exemple de la loi de recensement de 1962 : « on a privé 120 000 kurdes de leur nationalité syrienne, un chiffre estimé aujourd’hui à 300 000 personnes ». Il ne s’agit pas d’une coïncidence que cette loi soit promulguée juste après la révolte des kurdes d’Irak en 1961. De même, elle rappelle que le projet de loi socialiste de distribution de terres –échec du projet d’unification entre Egypte et Syrie- buttait sur la loi de recensement qui elle ne permettait pas de redistribuer des terres aux kurdes. Jusqu’à 2011, plus de 300 000 kurdes étaient apatrides (on ne pouvait pas élire, voyager, travailler dans fonction publique). Si un syrien se mariait avec un kurde, il devenait apatride et leurs enfants aussi. Et en même temps, on demandait aux kurdes l’assimilation.
Seve Aydin poursuit sur la loi de ceinture arabe de 1970. « Par ce projet, on a vidé villages de la frontière de leur population kurde et on les a remplacés par des tribus arabes » poursuit-elle. Cette stratégie visait à séparer les kurdes syriens des autres pays. Par la suite, en 2001 le régime syrien annonce l’interdiction de tout usage de prénoms kurdes, ou de noms de villages kurdes qui ont été arabisés. Par ces mesures discriminatoires, Seve Aydin entend souligner qu’à côté de l’oppression contre les syriens en général, il existe des lois spécifiques contre les kurdes.
L’année 1982 marque le premier soulèvement contre le régime baasiste par les Frères Musulmans marqué par des arrestations sommaires. A cetet époque même des chrétiens étaient arrêtés et accusés d’être des frères musulmans. « un homme écopa de 15 ans de prison pour avoir rêvé que Hafez El-Assad allait mourir » ajoute-t-elle. En 2004 les kurdes se soulèvent en Syrie et Seve Aydi explique les circonstances de ces émeutes. « En 2004, il y avait un match de football entre une équipe kurde et une équipe arabe dans une ville sur la frontière irakienne (ville Deir Ezzor). Pendant ces quatre jours d’affrontements, les forces de l’ordre interviennent : le bilan est de 36 morts, 2000 arrestations, 160 blessés graves, tous étant essentiellement des kurdes. Aucune commission d’enquête. Le lendemain, les forces de l’ordre ont tiré à balle réelle sur les kurdes qui enterraient leurs morts. La révolte kurde s’est alors propagée à toute la Syrie de Qamishlo, Damas, Alep, Efrin à Hassakah et le régime a eu peur ».
Pour Seve Aydin, les kurdes ont montré leur capacité à mobiliser la rue, et leur présence massive à Damas et Alep, deux villes majeures, a effrayé le régime. Tout de suite, les journaux du parti Baath ont présenté les kurdes comme des « collaborateurs des Américains, avec pour motif que les kurdes irakiens avaient provoqué l’intervention américaine, le tout sur fond de complot sioniste ». Depuis, ces discours ont crée une fracture entre kurdes et arabes syriens, car ces derniers y ont cru. Là, le problème se déplace alors entre arabes et kurdes, le régime essaye de jouer des divisions. Il existe une forme de rejet, et les kurdes n’ayant pas été soutenus éprouvent un sentiment de trahison de la part des Arabes. Mais il est vrai que du côté des kurdes syriens, il n’y a pas eu non plus d’ouverture ou de tentative de dialogue avec les Arabes syriens.
En octobre 2005, c’est ce que l’on appelle la « Déclaration de Damas ». Après l’arrivée au pouvoir de Bachar Al-Assad en 2000, la Syrie était marquée par des espoirs d’ouverture et de changement. Cependant, ce fut très limité. En 2002, un faible mouvement d’opposition commençait à s’unifier et a finalement abouti à la Déclaration de Damas comprenant 8 partis politiques kurdes, 6 partis arabes, des ONGs et personnalités indépendantes. Dans cette Déclaration, on reconnaît pour la première fois l’existence des Kurdes, droits culturels des kurdes et la nécessité d’une modification constitutionnelle. Cette déclaration appelait à la création d’un Etat syrien démocratique où les minorités pourraient jouir de droits propres à leur identité mais aussi bien entendu en tant que citoyens syriens. Elle regroupait des partis nationalistes arabes, communistes, trotskistes, et frères musulmans. Suite à cette Déclaration, de nombreuses arrestations eurent lieu parce que ce rapprochement entre Arabes syriens et Kurdes paraissait très dangereux pour le régime de Damas.
Seve Aydin revient sur les décrets qui suivirent. En 2008, un décret interdit alors toute vente immobilière et location de terrains aux Kurdes. Dans les régions Kurdes, le régime a étouffé la croissance immobilière. Les 300 000 Kurdes qui n’ont pas la nationalité syrienne étaient enregistrés dans des registres à part et n’avaient pas le droit d’envoyer leurs enfants à l’école. Ils pouvaient travailler dans des petites professions. Depuis 2010, celui qui employait une personne sans carte d’identité syrienne était condamnée à trois ans de prison, et une amende de 150 000 lyres. De nombreux kurdes syriens étaient forcés de travailler dans l’agriculture (pénurie d’eau) ou victimes d’un chômage massif. D’autres optèrent pour l’émigration politique ou économique.
Les Kurdes et la Révolution syrienne
Depuis la révolution syrienne, la question kurde a de nouveau émergé, avec l’espoir d’une révolte kurde de l’ampleur de celle de 2004. Dès le premier jour de la révolte, des kurdes se sont ralliés à la contestation. On se pose cependant des questions parce que le régime n’a pas tiré sur les Kurdes alors qu’ils manifestent comme les autres et qu’ils brandissent les mêmes pancartes.
Il faut rappeler le contexte de 2011 : la loi de 1962 a été abolie le 7 avril 2011 ce qui marqua la restitution de la nationalité syrienne aux Kurdes dans le contexte de révolte populaire en Syrie. Le régime a parfaitement su tirer profit de la carte de la division du pays.
Dans l’opposition syrienne se trouve le Conseil national syrien mais également le Conseil national kurde (26 octobre 2011) et le Comité de Coordination (dont le PYD, parti kurde syrien le plus populaire fait partie). Les Kurdes ne veulent plus être naïfs, ils ne réclament pas l’indépendance, et pas la lutte armée. Ils se demandent ce qu’ils veulent, quel statut, d’où la revendication de « droit à l’autodétermination dans le cadre de l’Etat syrien arabe ». L’Etat fédéré en Syrie est impossible car les Kurdes sont disséminés dans trois régions différentes sans continuité géographique. Ils souhaitent rester dans l’Etat syrien, et sont pour l’établissement d’une Constitution garantissant un Etat démocratique et pluraliste constitué de deux peuples –kurde et arabe-, et revendiquent le droit d’enseigner leur langue qui doit être reconnue langue officielle. En ce qui concerne l’autonomie accordée aux kurdes dans la définition du futur Etat syrien, les kurdes sont en désaccord sur ce point avec les Arabes qui veulent une République Arabe syrienne. « Le problème est que la Turquie a de l’influence sur le Conseil National syrien, et que la Turquie elle-même ne respecte pas les droits des kurdes » souligne Seve Aydin. Les kurdes insistent également sur le principe de laïcité contrairement à d’autres forces de l’opposition syrienne. Tout ceci représente des points de discorde importants avec l’opposition syrienne.
Publié le 17 mai 2012, dans Actualités et tagué chris kutschera, hamit bozarslan, irak, iran, kirkouk, kurdes, kurdistan, pkk, révolution syrienne, seve aydin, syrie, turquie. Bookmarquez ce permalien. Poster un commentaire.



Poster un commentaire
Commentaire (1)